26/07/2012
Mais qui donc veut la peau de Thierry Meyssan ?...

Depuis quelque temps, et plus particulièrement depuis le début de son engagement dans le cadre des tragiques évènements de Syrie, on assiste sur Internet à une vaste campagne de dénigrement visant Thierry Meyssan. Depuis peu, ce qu'il faut bien appeler une sorte de déchaînement se fait jour, comme s'il s'agissait d'une offensive de communication soigneusement orchestrée et coordonnée. Cette campagne d'attaques tous azimuts prend notamment la forme de vidéos et d'articles à caractère plus ou moins diffamatoire, relayés sans nuances non seulement par les ennemis « naturels » de Meyssan, mais aussi, chose plus surprenante, par des militants, des organisations et des cybermédias ayant pris fait et cause pour la Jamahiriya libyenne. C'est ainsi que l'on a pu voir, par exemple, le site Mathaba.net publier des textes anti-Meyssan1 attribués à un énigmatique collectif des « Pacifistes de Tunis », textes témoignant d'un certain acharnement frisant parfois la mauvaise foi, et dans lesquels la virulence des propos tenus le dispute aux insinuations scabreuses et aux procès d'intention purs et simples. On l'y accuse entre autres d'être pro-iranien, voire de travailler pour le gouvernement iranien, ou encore d'être un agent double, voire triple pour le compte des puissances occidentales et des forces sionistes. On l'y accuse aussi pêle-mêle de propagation de fausses nouvelles, d'usurpation de titres inventés, d'opportunisme, de falsification, d'incompétence journalistique. En outre, on lui reproche d'avoir usé du terme de "bataille de Damas", alors qu'il n'a fait là que reprendre un terme abondamment employé par les médias de tous bords et de tous horizons. Y a-t-il là mort d'homme, crime de haute trahison ? L'emploi de cette formule constitue-t-il donc une faute gravissime méritant la mise au pilori, sinon la lapidation publique ? Qu'il soit permis d'en douter.
Dans le même registre, certaines vidéos circulant sur Youtube et autres Dailymotion, prétendant dénoncer son « imposture », ne brillent pas davantage par le sens de la nuance qu'elles affichent. Ainsi, l'un de ces spots vidéos, sobrement intitulé "Syrie:T Meyssan l'homosexuel mythomane à Damas"2, reprend peu ou prou l'argumentation développée dans les articles précités, mais la complète aussi par quelques déclarations de Meyssan concernant l'affaire libyenne, censées illustrer l'étendue de sa prétendue mythomanie. Passons simplement sur la tendance nauséabonde consistant à stigmatiser la sexualité de Thierry Meyssan, comme si celle-ci constituait une sorte de tare honteuse suffisant à le disqualifier sans appel. Les individus qui se livrent à ce type d'attaques bassement homophobes, croyant probablement user là d'un argument imparable, n'en ressortent de toutes façons pas grandis, très loin s'en faut... Mais si l'on s'attarde plutôt sur les extraits vidéos montés en fin de spots en guise de « pièces à conviction », la vacuité des accusations portées contre lui, concernant le travail de réinformation qu'il avait accompli en 2011 durant la guerre de Libye, apparaît dans tout son éclat. Car enfin, en quoi le fait de déclarer que l'OTAN et Al Qaeda on avancé côte à côte, que Kadhafi n'était pas un « dictateur », ou encore que des images bidons d'une fausse prise de Tripoli ont été tournées au Qatar3 -puis diffusées par Al Jazeera- constituerait-t-il un flagrant délit de prétendue mythomanie ?? Bien au contraire, tout ceci ne constituait que la pleine et entière vérité ! De toute évidence, l'auteur de cette vidéo diffamatoire serait sans nul doute mieux inspiré s'il daignait s'informer convenablement au préalable...
Passons aussi sur les titres et fonctions plus ou moins imaginaires et farfelus que s'attribue de temps à autres Thierry Meyssan, et qui relèvent davantage de velléités de reconnaissance officielle, plutôt que d'une volonté perverse de tromper le public. Ainsi l'a-t-on effectivement entendu se targuer d'un improbable titre de « coordinateur interministériel » de la Jamahiriya durant la crise libyenne, comme de contacts étroits avec tel ou tel « ministère » libyen. Ceci trahit de sa part une méconnaissance manifeste de la nature réelle du système en question : la Jamahiriya libyenne n'a en effet jamais eu de « ministères » ni de « ministres » en titres !... Aujourd'hui, de la même façon, il tend à revendiquer des titres et fonctions officiels auprès des autorités syriennes, lesquels sont sans doute totalement fictifs. Sa soif de légitimité, son ardent désir d'être pris au sérieux, le porte parfois à formuler ce type de pieux mensonges, alors que selon toute probabilité, il ne bénéficie certainement pas de la reconnaissance et des entrées privilégiées qu'il évoque auprès des instances officielles et des plus hautes autorités des pays concernés.
Somme toute, Thierry Meyssan n'est que ce qu'il est, à savoir un intellectuel dissident et un journaliste d'investigation parmi tant d'autres. La seule chose qui le différencie des simples blogueurs « de base » qui occupent plus ou moins le même créneau que lui réside dans le fait qu'il séjourne sur le « terrain », et surtout, qu'il bénéficie d'une large réputation, compte tenu des ouvrages qu'il a fait publier et de sa couverture médiatique passée. Sa propension à s'octroyer des fonctions imaginaires n'est donc à mettre que sur le compte de la vanité et du narcissisme inhérents à la nature humaine, et rien de plus. Ce n'est là qu'une faiblesse à laquelle nous sommes toutes et touts exposés, surtout dans le cadre de ce type d'activités, et il serait donc bien déplacé de la lui reprocher plus que de raison. Il y a certes parfois une petite part d'affabulations dans ce que dit Meyssan. Plus largement, il peut même lui arriver de se tromper, de formuler des inexactitudes. Voire d'être lui-même mal informé, ou désinformé. Mais devons-nous donc le blâmer pour cela ? Que celui ou celle qui n'a jamais péché lui jette la première pierre...
Néanmoins, reconnaissons-le, sans aller jusqu'à porter de graves accusations de trahison contre Thierry Meyssan, certaines questions restent en suspens, et on est en droit de se les poser.
Il est aujourd'hui évident que son engouement pour la cause libyenne ne fut que relatif, circonstanciel et éphémère. Dès la chute de Tripoli, fin août 2011, il a plié bagages, puis a clairement tourné la page, pour passer définitivement à tout autre chose. Il ne s'est jamais réellement « rallié » à Kadhafi, il n'a jamais été un véritable partisan de la Jamahiriya. Tout au plus a-t-il ponctuellement pris parti contre l'agression impérialiste, et a-t-il riposté à certains des plus grands mensonges concernant le Guide et le système libyen. Mais cela n'est pas allé plus loin. En outre, on peut légitimement s'interroger quant à son rôle réel dans le cadre du conflit libyen.
Comment se fait-il qu'il ait été protégé, parmi une kyrielle d'autres journalistes (et d'agents spéciaux) internationaux dans le fameux hotel Rixos de Tripoli, et qu'il ait pu en sortir, être exfiltré du pays sans être blessé, arrêté ni inquiété d'aucune manière, alors qu'il était notoirement censé être « pro-régime » ? Pourquoi a-t-il aussitôt cessé de se préoccuper de la question libyenne, alors que le conflit n'était même pas encore terminé, comme s'il avait dès lors accompli une mission, et avait donc les mains libres pour passer à autre chose ?... Mais d'un autre côté, pourquoi, s'il avait trahi Kadhafi, n'aurait-il pas déjà fait l'objet de tentatives de liquidation, pour le châtier de sa supposée traîtrise ?...
Comment se fait-il qu'il se trouve parfois en possession d'informations secrètes censées provenir des instances dirigeantes occidentales ?...
Pourquoi, s'il est pro-iranien comme certains le suggèrent, s'est-il en apparence engagé du côté de Kadhafi, alors que les relations entre ce dernier et le régime des mollahs ont toujours été exécrables, que les autorités de Téhéran ont soutenu les rats libyens (tout en condamnant l'intervention occidentale, il est vrai), et ont même clairement applaudi la chute de Kadhafi ?... A sa décharge, on peut cependant arguer de la complexité et de la subtilité des relations internationales. Le régime syrien de Bachar Al-Assad qu'il soutient aujourd'hui, par exemple, avait à la fois de bonnes relations avec Kadhafi, tout en étant un proche allié du régime iranien, ennemi juré du Guide libyen. En d'autres termes, on pourrait, pour simplifier, dire que la Syrie de Bachar est une sorte d'intermédiaire entre la Libye verte et l'Iran des mollahs, deux inconciliables. On en conviendra, la simplicité n'est pas de ce monde, et nous devons donc nous garder de tout manichéisme à l'emporte-pièce concernant les choix des uns comme des autres. D'autant moins lorsqu'ils ne sont dictés que par la seule opposition à l'impérialisme et au sionisme, ce qui constitue apparemment le seul vrai fil conducteur de Thierry Meyssan.
Thierry Meyssan serait-il en réalité un agent double, voire triple, qui travaillerait selon les uns pour les services secrets iraniens, selon les autres pour les services secrets français, et selon d'autres encore pour la CIA et/ou le Mossad (rayer la mention inutile), tout en faisant mine d'agir pour le compte des deux premiers ?... Quel inextricable imbroglio !
Avec les évènements actuels de Syrie, la guerre psychologique bat son plein. Les ennemis de Damas, de toutes natures, ont grand intérêt à semer le doute, à salir la réputation de Thierry Meyssan, et à discréditer durablement l'une des principales voix francophones qui, à l'heure actuelle, combat les mensonges concernant la Syrie en atteignant une large audience. Il est infiniment regrettable de constater qu'aujourd'hui, de nombreux militants et militantes anti-impérialistes du monde entier foncent tête baissée dans un processus de discrédit manifestement orchestré, et s'en font les relais sans prendre la peine au préalable de peser le « pour » et le « contre ». Certains et certaines le font en toute bonne foi, n'en doutons pas. Il y a de nombreuses questions que l'on peut légitimement se poser au sujet de Thierry Meyssan. Mais des questions qui se contredisent parfois radicalement les unes les autres...
Gardons-nous donc de tout jugement catégorique dans l'état actuel des choses. Gardons-nous de faire le jeu d'intérêts qui ne sont pas forcément ceux qu'on croit défendre. Et ne perdons pas de vue que, jusqu'à preuve incontestable du contraire, Thierry Meyssan est un ennemi irréductible de l'impérialisme et du sionisme. Il fut le premier, dès 2001, à contester la version officielle des évènements du 11 septembre à New York, notamment grâce à son fameux livre4 , qui défraya la chronique et suscita la polémique mondiale que l'on sait. Il fut le premier à révéler la supercherie des fausses images tournées au Qatar, au moment de la chute de Tripoli. Il ne ménage pas ses efforts pour contrer les médiamensonges, et pour nous donner des informations qui non seulement s'avèrent exactes la plupart du temps, mais dont nous n'aurions de surcroit peut-être jamais pris connaissance sans lui. Eu égard à son remarquable travail d'investigation, qui n'accouche pas que de fariboles, n'en déplaise à certains, il n'y a pour l'heure aucune raison valable de le « disgracier ».
Ne jetons donc pas le bébé avec l'eau du bain, comme le dit l'adage.
Hans CANY
NOTES :
1 . Mathaba.net : « L'effroyable imposture libyenne de Thierry Meyssan , fossoyeur de l'anti-impérialisme » ( http://www.mathaba.net/news/?x=630673), « La bataille de Damas et les commérages de l'astrologue Thierry Meyssan » (http://www.mathaba.net/news/?x=630870)
2 . http://www.youtube.com/watch?v=5JLQ_ppS0TE
3 . http://www.dailymotion.com/video/xkpj15_la-chute-de-tripo...
4. « L'effroyable imposture », Thierry Meyssan, 2002
16:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : hans cany, libye, géopolitique et politique internationale |
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