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07/02/2015

Heureux qui communiste...est revenu de loin

 

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Heureux qui, communiste, aura vécu la fin d'un monde...mais y aura pleinement survécu. Ce fut mon cas, de fin 1983 à fin 1988, environs. De manière fanatique, obsessionnelle, je me suis engagé dans cette erreur de jeunesse, qui m'a vu soutenir les courants les plus contradictoires, du pro-soviétisme bon teint à la tentation du communisme patriotique et autogestionnaire de la Yougoslavie titiste, en passant par l'intransigeance marxiste-léniniste  pure et dure, et finalement très stalinienne, des lignes pro-albanaise et nord-coréenne. Le tout en passant par un soutien sans nuances à tous les groupes terroristes d'extrême-gauche pratiquant la lutte armée, d'Action Directe en France aux Cellules Communistes Combattantes (CCC) en Belgique, en passant par la Fraction Armée Rouge allemande (ex-"Bande à Baader"), ETA, les Brigades Rouges italiennes etc.

Une constante, cependant : je n'ai jamais été trotsko, ni même attiré, ne serait-ce que faiblement, par les trotskards de diverses obédiences. Ces gens m'ont toujours révulsés au plus haut point. De ce fait, on m'a globalement collé l'étiquette infamante du "stal", le partisan ringardisé des "vieux" PC, et le larbin inconditionnel des pires dictatures, selon eux. De cette période quelque peu confuse mais néanmoins très intense, j'ai évidemment renié l'essentiel, les plus importants fondements doctrinaux et idéologiques qui m'agitaient alors et m'attiraient irrésistiblement dans les pattes du totalitarisme rouge, exactement comme je le fus tout d'abord par le totalitarisme brun dans ma prime enfance. Néanmoins, je retiens de cette période quelques points qui paraitront secondaires aux uns, mais qui m'apparaissent d'une importance capitale à moi. Ils ont activement contribué à faire de moi ce que je suis aujourd'hui même, et ce, même si mon apostasie de cette véritable secte politique fut tout aussi radicale qu'elle restera à jamais irrémédiable.

Ces points positifs, ceux dont j'ai réellement retenu l'essence et l'ai incorporée depuis des lustres à ma propre pensée, les voici.



Les points essentiels que je retiens


D'Enver Hoxha et de la tendance pro-albanaise, très dure, je retiendrai notamment l'enseignement de ne toujours compter que sur ses propres forces. Cela sous-entend de ne jamais se faire d'illusions, de ne pas se tromper d'amis, et de ne pas s'abaisser au reniement ni à la vilénie en aucun cas. C'est aussi une ligne qui prône une indépendance nationale et une souveraineté farouches, très encline à soutenir tous les mouvements anti-impérialistes dans le monde, y compris les Khmers Rouges de Pol Pot. Enver Hoxha et le communisme albanais, c'est aussi la recherche d'une autarcie la plus complète possible, pour ne pas dépendre d'un impérialisme ou d'un autre. Une mentalité de bunker à toute épreuve, de citadelle assiégée, de forteresse imprenable. Telle est l'essence profonde de ce véritable national-communisme à la mode de Tirana.

De mon pro-soviétisme très "orthodoxe", je ne regrette absolument pas d'avoir approuvé et soutenu en son temps l'intervention militaire soviétique en Afghanistan (1979-1989). Comme je l'ai expliqué de façon détaillée dans un article (1) à ce sujet précis, non seulement je ne suis pas peu fier d'avoir été une des trop rares personnes clairvoyantes au sujet de ce qu'il se passait réellement dans ce pays, mais de surcroit, je me félicite pour ma ténacité à défendre bec et ongles ce qui semblait indéfendable aux yeux de beaucoup. Aujourd'hui, on voit très bien ce que l'ignorance et le parti pris antisoviétique/anticommuniste ont pu donner, alors qu'il apparaît enfin de plus en plus, de manière évidente, que l'Armée Rouge se trouvait alors aux avant-postes de l'Occident, qu'elle défendait tant bien que mal contre le péril grandissant de la barbarie fondamentaliste, soutenue matériellement, financièrement et politiquement par les USA et tous leurs idiots utiles, de droite comme de gauche.
Je suis sûr que bien des célébrités et des chanteurs que vous appréciez y sont allés de leur petit couplet, tant sur les "rebelles afghans" -qui n'étaient pas autre chose que les futurs talibans- que sur les méchants impérialistes russes...  Quel aveuglement consternant. Il eut fallu soutenir au contraire très massivement la juste cause de l'Armée Rouge  engagée en Afghanistan. Mais ceux-là semblent avoir été bien peu nombreux à être clairvoyants, en vérité...


De certaines grandes figures comme Fidel Castro à Cuba, Ho Chi Minh au Vietnam, Daniel Ortega et ses sandinistes au Nicaragua, Thomas Sankara au Burkina Faso, Tito en Yougoslavie, je retiendrai surtout l'attachement viscéral à la mère patrie et à sa souveraineté, ainsi qu'au progrès de la justice sociale dans leurs pays. Au crédit du titisme yougoslave, en plus du non-alignement, on pourra aussi noter les expériences marxistes du fédéralisme et de l'autogestion qui, même si condamnées à échouer dans le carcan étatique de la doctrine officielle, ont au moins eu le mérite d'exister. Elle permettent aujourd'hui de voir quel type d'erreur ne doit pas être reproduit. En outre, c'est aussi via les Non-Alignés initiés par Tito, autant que par l'actualité médiatique, que j'ai entendu parler du Libyen Mouammar El-Kadhafi, qui m'a aussitôt inspiré une vive sympathie.

Je retiens aussi de Karl Marx qu'il a dit que la Religion était l'opium du peuple. Si Marx a dit au moins une chose parfaitement exacte et juste dans sa vie, c'est bien celle-ci. A laquelle on pourrait hélas ajouter ces autres opiums que sont devenus la footballâtrie, la téléréalité, la presse "people" etc. Bref, la société du spectacle.

De l'ensemble je retiens, enfin, une violente aversion pour la ploutocratie et pour le capitalisme en général, pas seulement sous sa forme libérale. Je retiens aussi de fortes préoccupations d'ordre social et sociétal, même si le socialisme dont je me réclame aujourd'hui est d'essence proudhonienne, et non plus marxiste. Il ne s'agit plus de socialisme étatique, très loin s'en faut.

 

Et si l'URSS renaissait de ses cendres ?


Après tout, n'y a-t-il pas lieu de souhaiter ardemment le retour de l' Union Soviétique ?

-Parce que depuis la disparition du "Bloc de l'Est", les beaufs et les bourgeois capitalistes croient avoir "gagné" la partie, et ne se sentent plus pisser.

-Parce que depuis, les impérialistes yankees se croient vraiment tout permis, et n'hésitent plus du tout à agresser militairement toute nation qui ne leur prête pas allégeance.

-Parce que l'URSS, ça avait quand même une autre gueule que la Russie toute miteuse d'après.

-Parce que dans la Russie d' aujourd'hui, on n'avait pas vu autant de misère et d'inégalités chez le peuple depuis l'époque des Tsars.

-Parce qu'au moins, à l'époque soviétique, les citoyens russes avaient droit à un boulot garanti, à une médecine digne de ce nom, et à divers avantages sociaux.

-Parce que l'on peut avoir une certaine nostalgie de l'Armée Rouge et de ses impressionnants défilés sur la place du même nom.

-Parce que nous aimions beaucoup tout le décorum communiste à base d'affiches géantes, de Réalisme socialiste, de drapeaux rouges, d'étoiles rouges, de faucilles et marteaux, et de portraits de Marx-Engels-Lénine-Staline.

-Parce que les maffieux, "nouveaux riches", et autres milliardaires russes nous font gerber, et que nous rêvons que les goulags soient réouverts, pour les accueillir...

-Parce que la "Guerre froide", c'était somme toute assez rigolo, et ça mettait un peu de piment dans l'actualité mondiale.

-Parce que le KGB faisait au moins contrepoids face à la CIA, et que le Pacte de Varsovie limitait les prétentions de l'OTAN.

-Parce que de toute façon, sans le Pacte de Varsovie, à quoi est bien censée servir l'OTAN ??...


-Parce que depuis qu'il n'est plus inféodé à Moscou, le PCF est devenu tout mou, et que Georges Marchais était quand même beaucoup plus marrant que les Robert Hue et autres Marie-George Buffet.

-Parce qu'à l'époque, se dire communiste, ça ne signifiait pas être une espèce de soce-dem bien pensant et très politiquement correct, et que ce n'était donc pas un sujet de rigolade comme maintenant.

-Parce qu'à l'époque, "L' Huma" n'était pas un vulgaire torchon aseptisé comme aujourd'hui, mais plutôt une sorte de "Pravda" francophone.

-Parce qu'à l'époque, être membre des Jeunesses Communistes en France, c'était quasiment aussi diabolisé par les ducons que d'être membre des Jeunesses hitlériennes...et ça, c'était assez jouissif !

-Parce que cette crevure de "Petit Père des Peuples", quoi qu'on en dise, était quand même un bonhomme exceptionnel, aussi fascinant que tyrannique, et aussi cynique que froidement calculateur.  .

-Parce que faire passer une aussi grossière dictature sous les vocables de "démocratie populaire" et de "centralisme démocratique", c'était quand même très très fort !

-Parce que les Talibans faisaient moins chier le monde en Afghanistan quand l'Armée Rouge y était.

-Parce que le sort de Sakharov ne nous émouvait pas plus que ça à l'époque, et que nous préférions l'appeler "Sac à merde" .

-Parce que c'était amusant de scandaliser les bonnes consciences de service en parlant de "bilan globalement positif", comme avait si bien su le faire notre ineffable Jojo national.

-Parce que la langue de bois bureaucratique avait son charme.

-Parce que le jargon soviétique est tout aussi poilant qu' irremplaçable.

-Parce que lors des tentatives de putsch "conservateurs" à Moscou au début des années 90, notre sympathie allait sans réserves aux putschistes.

-Parce que si un beau jour on se réveille en apprenant que l'URSS vient de renaître de ses cendres, on fêtera l'évènement en faisant péter le champagne et en gueulant l'Internationale sur notre balcon, drapeau rouge à la fenêtre.

-Parce que...
Et puis non, merde.
Je m'égare. Je divague.


Désolé, c'était une mauvaise rechute. Je vais de ce pas me ressaisir, faire mon autocritique et tout ça. Je ne serai point une de ces vipères lubriques qui s'égarent dans les marécages fangeux du déviationnisme.

N'empêche. N'empêche qu'il y a du vrai dans tout ce que j'ai énuméré ci-dessus, et que vous pourrez difficilement le nier.

Et n'empêche que dans certains cas, et blague à part, on en viendrait presque à le regretter, le bon vieil ogre bolchévique. Mais bon, il subsiste bel et bien dans un petit pays : la RPDC, ou Corée du Nord. C'est le dernier bastion du stalinisme pur et dur.  Imaginez un univers style "1984" de George Orwell, en permanence et grandeur nature. Le tout en s'appuyant sur une armée qui n'est  visiblement pas constituée que de chochottes et de petits cœurs délicats. Cela fait rêver, non ?

 

 

Mao est mort ? Alors vive Moa !


Aujourd'hui, j'ai beaucoup changé. J'ai troqué le rouge pour le vert et le noir, le socialisme étatique, autoritaire et centraliste pour le socialisme autogestionnaire, la démocratie directe et le fédéralisme intégral. Mais au fond de moi je garde une certaine nostalgie d'un monde qui, bien que bipolaire à quelques rares et faibles exceptions, avait au moins le mérite de ne pas être totalement déséquilibré par l'hégémonie d'une grande puissance à l'échelle planétaire, par l'hégémonie d'une idéologie, d'une idéologie unique : celui d'un libéralisme à la fois économique et sociétal, sur le modèle dit "occidental". Le "socialisme" marxiste, d'essence étatique, a lamentablement échoué partout, réalisant ce que Marx avait prédit pour le capitalisme condamné à s'autodétruire. Le libéral-capitalisme finira lui aussi par s'effondrer tôt ou tard, comme s'effondrent tous les empires.

A mon époque, celle où, sur le tard, j'étais de ceux qui, au sein de la mouvance JC / PCF tentaient d'éviter la liquidation de tout l'essentiel, j'ai très vite appris ce que militer pour une cause jugée de façon hostile par au moins 80% des gens signifie, tant concrètement que politiquement. On exclut les parias, les renégats, les déviants, les révisionnistes, les "confusionnistes" et que sais-je encore, bref tous ceux que l'on voue aux gémonies pour avoir osé se détourner -ne serait-ce qu'à un très faible degré- des canons idéologiques et esthétiques que l'on cherche à imposer à tous, pour faire de nous tous des consommateurs-mains d'œuvre-clones indifférenciés et interchangeables, adaptés à leur finance apatride. Dès l'époque où j'ai rompu avec le marxisme, les éléments dissolvants du trotskysme et du juquinisme minaient le Parti Communiste de l'intérieur. Le ver était dans le fruit, dès que Georges Marchais a dû passer la main à Robert Hue. De toute façon, familiarisé avec les thèses albanaises, je voyais bien qu'elles cadraient justes avec la décomposition des partis communistes de tous pays à la même époque. Notons simplement qu'aux grandes heures du gaullisme, le PCF était carrément le deuxième parti de France... Il n'est aujourd'hui plus qu'un groupuscule gauchistoïde, bien-pensant et désuet parmi tant d'autres.

J'ai eu de sombres pressentiments lorsque j'ai vu l'Armée Rouge quitter l'Afghanistan, courant 1989. J'ai eu envie de vomir quand j'ai vu la fin atroce et ignominieuse des époux Ceaucescu en décembre 1989, de  Mohammad Najibullah et de son frère en 1996 à Kaboul (2), et de quelques autres, dont beaucoup n'ont été, heureusement pour eux, que négligemment déposés. A partir de ces instants, j'ai saisi que tout un monde, tout un système s'effondrait.

Aujourd'hui, j'estime avoir toujours vu  beaucoup plus juste qu'au moins 90% des gens, et ce depuis l'époque de l'intervention soviétique en Afghanistan. Intervention que nous aurions dû soutenir et appuyer si nous ne voulions pas nous retrouver dans la situation que nous connaissons aujourd'hui.
Pourtant, avouez-le : faites-vous encore partie de ceux qui gobent béatement une certaine propagande made in CIA ? Il y a des chances.

En guise de conclusion, on pourra noter que la désintoxication idéologique doit toujours s'appliquer de façon adaptée à chaque individu, en fonction de sa personnalité, de ses goûts, de ses penchants esthétiques etc. Tout ceci joue aussi un rôle fondamental, et je n'ai pas non plus oublié l'agit-prop, que l'on qualifierait aujourd'hui de "Communication".

Il y a du bon, du fondamental et de l'intemporel, à retenir de mon lointain passage sous les plis du drapeau rouge. Le tout est simplement de savoir trier, séparer le bon grain de l'ivraie, pour n'en retenir que quelques considérations d'ordre technique, mécanique et stratégique. Il n'est pas de sauveur suprême, proclame la chanson. Ni Dieu, ni César ni tribun. La question n'a plus lieu d'être. La nouvelle question est juste : dans quelle mesure les totalitarismes, qu'ils soient rouges, bruns, rouges-bruns ou brun-rouge exercent-ils plus qu'un attrait, par une véritable fascination ? Adhésion d'ordre idéologique ou non, et si oui, partielle ou totale, proche ou éloignée ?   Doit-on parler pour autant de "fasci-nation", comme une sorte de préoccupation d'ordre purement esthétique ? Souvent, les deux facteurs s'y additionnent, s'y conjuguent. Parfois, tel n'est pas le cas. Le mien, ce le fut. Mais j'en suis bien revenu.

 Hans CANY

 

NOTES :

1 : "Afghanistan 1979-1989 : NON, je ne regrette RIEN !"

2: Idem

 

LE PCF, c'était mieux avant.

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01:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hans cany, socialisme vert, democratie, fédéralisme |  Facebook | | |

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